Mon identité

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« Tu es une fille Sawa, une Bassa’a, une princesse du village de Boko’o bonadiwoto ». Mon père me l’a si souvent répété que c’est ancré en moi. Il était important que mes frères et moi sachions qui nous sommes. Nous devions être fière de notre tribu, de nos coutumes et de notre identité qui participe de la grande fierté d’être africaine.

Cette identité, est ce qui m’a longtemps définit ; j’existais parce que j’appartenais. J’existais parce que je pouvais me situer dans un groupe avec lequel je partage exclusivement les codes. Malgré le « modernisme », préserver mon identité est ce qui aurait fait de moi une africaine digne.

Paradoxalement, même si cela était important pour mon père, nous avons reçu une éducation occidentale. De l’instruction, au style vestimentaire, des habitudes à la religion, tout était copié sur le modèle occidental. Nous ne participions pas aux évènements culturels comme le Ngondo, dont les pratiques étaient souvent en inadéquation avec la religion chrétienne que nous pratiquions. Les seuls évènements pour lesquels nous devions porter des kabas Ngondo, notre vêtement traditionnel étaient lors des cérémonies de deuils, les mariages ou les réunions familiale. Même ma langue maternelle, (qui désigne la première langue qu’un enfant apprend.) reste le français. Je ne parle pas bien le Bassa’a car sans forcement nous interdire de le parler, mes parents ont mis l’accent sur le fait que nous maitrisions la langue Française, gage de notre réussite dans le monde « moderne ».

Pourtant, malgré ce paradoxe, la question de mon identité africaine ne s’était jamais posée. J’ai toujours pensé que j’étais une « vraie » africaine parce que mon père me l’a dit et parce que je savais d’où je venais, à quelle tribu j’appartenais et parce que j’en étais fière. Mais qu’est ce que ça voulait dire au fond, être africain?

Je n’ai jamais eu l’occasion de me poser cette question, jusqu’à ce que je quitte mon pays à l’âge de 27 ans pour retrouver mon époux (fiancé à l’époque) au Sénégal, pays dans lequel je vis depuis 5 ans. Ici, j’ai eu l’occasion d’évoluer dans un environnement multiculturel, dans lequel affirmer sa singularité, semble si importante. On ne se pose jamais vraiment la question de son identité lorsqu’on est entourée de ses semblables. Jusqu’ici, il s’agissait juste d’être. Mais quand il faut expliquer aux autres qui l’on est, l’exercice devient plus complexe.

Lorsqu’il fallait parler de moi, de mes habitudes, et de « ma culture », je me rendais compte que mis apart quelques vacances passées enfant dans mon village maternel en pleine forêt équatoriale, j’étais souvent plus proche de mes amis occidentaux que de mes amis africains.

Pour une fois je suis arrivée à me demander si j’étais une vraie africaine, moi qui semblais pourtant en être si convaincue. La question de mon identité s’est imposée à moi et je me suis sentie perdue. J’ai cru mourir, maintenant que n’appartenais plus.

Ici au Sénégal, ou la tradition est si forte, si fortement affirmée, j’ai souvent eu honte de qui j’étais. Au fond qu’avais-je à offrir, à apporter en tant qu’africaine? J’avais l’impression d’être une traitresse, j’avais honte d’aimer porter du noir ou des tenues élégantes à l’occidentale dans lesquelles je me sentais souvent plus en accord avec moi que dans une robe en bogolan ou en pagne tissé pour lesquelles en dehors du fait d’être « made in Africa », ne me disaient pas plus sur moi même.

Ici, tout le monde portait un prénom africain. Et quand on me demandait pourquoi moi je n’en portais pas un, je ne savais quoi répondre. Dans ma famille cela fait au moins quatre générations que nous portons des prénoms chrétiens. J’ai toujours pensé porter mon nom de famille (Epoupa Mpacko) suffisait a m’identifier comme telle.

Mais je voulais être africaine et surtout être perçue comme telle. Je ne voulais pas être de ces africains qu’on dit renier leurs origine et culture et font tout pour être « comme les blancs ». Je me définissais parce que j’étais africaine, comment me définir autrement?

Alors pour me prouver que moi aussi j’étais une africaine, « une vraie », je suis passée par plusieurs étapes : J’ai fait mon retour au naturel, en portant mes cheveux afro, même si secrètement préférais mes cheveux plus lisses.

Je me suis mise à porter plus souvent du wax et à m’intéresser aux autres textiles africains comme le pagne tissé, le bogolan, le kenté pour affirmer cette africanité si chère à mon cœur. Je me suis aussi mise à porter des cauris. En fait plus cela avait l’air africain, mieux c’était. Mais cela n’avait rien d’authentique, ni de naturelle, c’était sur joué et ce n’était pas moi.

J’ai du m’inventer une personnalité irréelle et si éloignée de qui je suis vraiment pour répondre aux critères d’une identité singulière. J’ai porté cette souffrance pendant trop longtemps sans jamais y trouver mon équilibre.

Au fond qu’est ce que cela signifie être africain? Serait-ce embrasser tout ce qui est perçu comme africain même si cela ne nous définit pas ? Cette africanité doit-elle être apparente? N’y a t-il qu’une seule manière d’être africain dans cette Afrique si différente d’un coin à un autre?

Personnellement, quand je pense à ce qui forge mon identité, en rapport avec mon pays et ma culture, à ce qui me rend si heureuse et reconnaissante d’avoir vécu dans mon pays le Cameroun, ce n’est jamais le temps que j’ai passé à étudier son histoire, sa culture ou même à apprendre à parler ses langues! Ce n’est pas non plus tous les rites traditionnels qui l’entoure, ou toutes les fois où j’ai pensé prouver aux autres que j’étais aussi africaine qu’eux.

C ‘est plutôt le temps que j’ai passé avec mes proches. Avec mon grand-père (Paix à son âme), dans les plantations de cacao à rigoler au point d’uriner sur moi. C’est le souvenir encore vibrant de ma grand-mère à me « former à ce qu’est une femme selon notre tradition ». C’est des soirées auprès du feu à se raconter des histoires, c’est la valeur du travail si chère à mon père. C’est le sens de l’amitié et de la loyauté que m’a transmis ma mère. C’est la force de la famille, c’est la vie en communauté, le bonheur de partager un repas, le plaisir d’esquisser des pas de danse en groupe, de se voir applaudir autant qu’on applaudit l’autre. C’est le respect de l’ainé, l’humilité, c’est la compassion et la générosité que l’on a pour ceux qui ont moins que nous. C’est le fait de devoir entrer dans mon village et de dire bonjour à chaque personne que je rencontre parce que au fond nous sommes tous frères… C’est des valeurs humaines.

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Mon père avait raison, mon cœur appartient et appartiendra toujours à mon Afrique.

A force de quête, de conflits intérieur, de doute et de larmes trop souvent versées. J’ai compris que souvent le plus important n’est pas de trouver à qui ou à quoi on appartient pour se sentir exister et validée, le plus important est de se trouver soi-même, de comprendre ce qui nourrit notre âme, les multiplicités d’identités qui nous constituent pour se comprendre et s’accepter dans sa singularité.

Ma façon à moi d’être africaine n’est peut être pas semblable à celle qui est souvent représentée mais je sais désormais qu’elle n’a pas à être validée par les autres, elle est intrinsèque. Mon Afrique ne s’acquiert pas elle se vit. Mais surtout, mon Afrique ne m’enferme pas sur moi-même, elle m’ouvre aussi vers l’extérieur qui m’enrichie.

R-D

Source image : pixabay.com et jayant nasa

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