Equilibre à Contre-courant

salt-harvesting-3060093_640                                                                                                                     Photo credit Granpraha

Vous est-il déjà arrivé de vous demander lequel, de l’activité ou de la solitude (celle qui laisse place à la réflexion et au questionnement), est essentiel à l’épanouissement de l’Homme?

Nous vivons dans une société qui favorise la performance. Elle nous demande de faire, d’être actif, de bouger, de rester dans le mouvement. Elle nous commande de repousser nos limites, toujours plus haut, toujours plus loin. Viser la perfection. Nous vivons dans une société où courir est un signe de réussite. Le calme, la tempérance sont perçus au contraire comme un manque d’ambition personnelle.

Paradoxalement, devant le taux de dépressions et de suicides croissant, face à la perte de sens des personnes de tous âges, beaucoup de questions se posent sur ce style de vie basé essentiellement sur la performance et davantage porté sur ce qui se passe à l’extérieur plutôt qu’à l’intérieur de soi. En réaction, on assiste à un rejet de ce style de vie pour son opposé : ralentir, se poser, se ressourcer, travailler à sa spiritualité ou pour certains à aligner leurs énergies, attendre l’appel de Dieu, de l’énergie divine pour certains ou de la force supérieure pour d’autres.

Je suis allée d’un extrême à un autre et je vous livre mon sentiment sur la question.

Pendant plusieurs années, l’hyper activité a été mon moteur : reprise de mes études, travail dans un cabinet de conseils avec des heures impossibles, vie sociale intense auxquels venaient s’ajouter sport, entreprenariat, voyages, projets, famille, enfants, organisation du foyer, tout cela sans jamais m’arrêter. Je carburais dans le « FAIRE » au détriment de l’ « ÊTRE ». J’allais, d’un projet à un autre, d’une idée, d’une activité à une autre. Il me fallait rester active encore et toujours.

La seule perspective de m’imaginer inactive m’angoissait. Dans l’activité, je percevais le mouvement, je voyais les choses, prendre forme, avancer et se concrétiser. Je me sentais aussi vivante qu’invisible parce que je n’étais ni immobile, ni statique, qualificatifs que j’associais à la mort.

Alors j’ai couru, couru et couru, jusqu’à l’épuisement physique et mental. Et par la suite, j’ai ressenti une souffrance et un vide indescriptibles auxquels s’est ajouté la culpabilité immense de ne pas avoir le droit de me sentir triste ou d’avoir un moment de déprime devant la vie de privilégié que je menais.

checklist-2077020_1280         Photo credit TeroVesalainen

Tout de suite je n’ai pas compris ce qui se passait. J’ai perçu cela comme une indication me révélant que soit je stagnais, soit ce que je faisais ne me convenait plus et qu’il me fallait tout simplement changer d’activités et revoir mes intérêts. Il fallait peut-être que je trouve des choses plus intéressantes, plus épanouissantes à faire.

Mais mes efforts dans ce sens ont été vains. J’ai continuer à trainer ce mal-être sans trop savoir quoi faire. Il était devenu une douleur avec laquelle j’avais appris à composer sans plus savoir comment me sortir de ce cercle vicieux d’hyper activité, de souffrance et de culpabilité.

Et puis, ma famille et moi avons pris un nouveau départ. Partis vivre dans un nouveau pays. Passé le stress du déménagement et les premiers pas dans cet environnement à apprivoiser, la vie m’a offerte la possibilité de ralentir. Pour être honnête, elle m’a forcée à ralentir car je n’y serais pas arrivé de moi-même.

snail-3491837_640Photo credit: Stephanie Albert

En effet, dans l’attente de mes papiers de résidence permanente et de mon permis de travail, de longs mois d’inactivités et de routines quotidiennes ont eu raison de moi et m’ont forcer à passer du temps seule avec moi-même, à me retrouver face à mes pensées, à les confronter. J’ai beaucoup résisté au fait de rester seule et inactive. Je voulais trouver tout et n’importe quoi à faire. Mais j’ai dû me faire une raison une fois mon lot de tâches écoulé, J’ai dû accepter tant bien que mal ma nouvelle routine.

Au départ, me retrouver seule avec mes pensées était à la fois effrayant et déroutant. Toutes ces pensées insoupçonnées, celles que j’avais refoulées, celles que je ne laissais pas s’exprimer, celles que je filtrais sont arrivées en vrac ! J’ai cru ma tête exploser. Insomnies, confusions, tristesse, mélancolies tout y est passé. Mais progressivement, plutôt que de les repousser, de les fuir, d’en avoir peur, comme je le faisais avant, j’ai appris à les apprivoiser, à les accepter sans nécessairement les analyser à la loupe mais au contraire leur permettre de s’exprimer. Et cela m’a libérée.

J’ai aussi ressenti un fort besoin de me reconnecter non seulement avec ma spiritualité, socle passé presque inexistant (aller à l’église, partager des réflexions en groupe, prier, méditer, écouter de la musique), mais aussi faire des activités solitaires (courir, écrire, écouter de la musique, regarder la nature.)

Ces moments de calme, de solitude et de réflexion, m’ont fait énormément de bien. Ils m’ont permis d’écouter mes voix intérieures, ils m’ont permis de me questionner, de m’analyser, de me comprendre et de me recentrer sur moi-même, de laisser s’exprimer ma volonté propre plutôt que de suivre de manière mécanique le flow que m’imposait ma vie. Je me suis surtout sentie portée par une énergie nouvelle, doublée de la confiance que pour moi, tout ira pour le mieux malgré l’incertitude du lendemain.

Mais je suis aussi le genre de personne qui a une fâcheuse tendance à abuser de ces choses qui me font du bien, jusqu’à ce que je ne les supporte plus.

J’ai sur-prolongé ces moments avec moi-même. Des moments de solitude que je ne voulais que rien ne vienne troubler. Je voulais être seule tout le temps, ou seulement avec ceux qui vivent ce même cheminement et qui comprennent mes questionnements existentiels. Je vivais une vie théorique, absorbée que j’étais par mes pensées, isolée du monde extérieur, et parfois malheureusement, vivant l’omnipresence de ma famille comme un obstacle à ces moments.

Et alors, sans que je ne comprenne pourquoi, sans que je ne sache comment cela est encore arrivé, le mal-être, le vide et la mélancolie ont refait surface. Me donnant l’impression dérangeante de n’être qu’une éternelle insatisfaite qui se complaisait dans la tristesse. Et c’était reparti…

Enfin, il y a quelques jours en faisant des recherches sur les religions traditionnelles africaines, pour une présentation que je devais faire à l’église, j’ai eu une révélation, je pense.

« On a tellement à apprendre de l’Afrique… »

En effet, dans la pratique des religions traditionnelles africaines de ce que j’ai compris, il n’y a pas séparation stricte entre la vie spirituelle et la vie sociale. Le sentiment religieux se vit et se pratique dans la vie de tous les jours dans les règles qui structurent la société et dans les valeurs morales qui la forgent. Il n’y a pas par exemple, un jour pour aller à l’église ou pour la plupart, un lieu spécifique de culte où il faut louer un Dieu, se ressourcer spirituellement. La vie religieuse et la spiritualité se vivent maintenant, à tout moment, du matin au soir, dans la joie comme dans la tristesse, dans les conversations comme dans les silences.

masks-921093_640Photo credit: Strecosa

Dans la pratique des religions traditionnelle africaines, il n’y a pas de conflits entre le fait de vivre une vie spirituelle et le fait de vivre une vie « mondaine », pas de séparation radicale entre le sacré et le profane qui se juxtaposent et interagissent. La religion a avant tout une fonction sociale de structuration et de moralisation. Elle rythme la vie sociale de tous les jours et se vit davantage dans les événements de la vie donc notamment les naissances, les mariages, les séparations, les guerres, les décès etc.

C’est une révélation pour moi qui avait longtemps pensé que pour vivre spirituellement il faut s’éloigner des choses du monde. S’isoler, se purifier pour être digne de la présence de Dieu. Mais je comprends aujourd’hui que Dieu, la spiritualité ne doivent pas nécessairement se vivre de manière isolée. Nos sociétés africaines avaient du vrai. La spiritualité devrait servir de pilier moral et s’intégrer de façon homogène dans la vie de tous les jours et les événements qui l’accompagnent.

Comprenez-moi bien. Je ne suis pas entrain de dire que la solitude en fin de compte n’est pas une bonne chose. Elle est nécessaire car on a tous besoin d’un moment pour penser et pour réfléchir. On a besoin de solitude pour se retrouver avec soi-même. Parfois les évènements de la vie et/ou les moments difficiles nous font prendre conscience de cet appel intérieur et ce besoin de connexion permanente avec Dieu. La solitude a donc du bon lorsqu’elle nous permet de nous rapprocher de notre Dieu, et de vivre des moments intenses avec lui.

Mais s’enfermer dans un monde purement abstrait de pensées et de réflexion peut aussi s’avérer destructeur, car nous composons avec la crainte, le doute, l’isolement et finissons par ne former qu’un avec ces éléments.

« Ecclésiaste 1 :18 : Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa souffrance »

Pour changer les choses il ne suffit pas seulement d’y réfléchir, il faut que l’action face partie de la démarche. De même que nous nous donnons souvent la permission de laisser nos pensées nous entrainer vers une destination inconnue, nous devons aussi je pense, nous permettre la même chose avec nos actions : commencer à faire, juste à faire, initier l’action, créer le mouvement, même si au départ, on ne sait pas toujours ce qu’on fait.

« Parfois, cela peut-être libérateur de juste essayer, se lancer et ensuite laisser la vie s’offrir et se révéler à nous, plutôt que d’essayer de la contrôler à tout prix. »

Cela dit, aujourd’hui trouver un équilibre entre l’action et la réflexion me semble plus important que jamais. J’ai compris que l’hyperactivité de même que l’hyper solitude m’emprisonnent laissant la place au désespoir et à la dépression. J’ai aussi compris que je n’ai pas à vivre intensément l’une ou l’autre de manière isolée. J’essaie au contraire de trouver ce flow naturel entre la manière donc je vie ma vie physique et spirituelle.

It is a journey… so « here is to the journey ! »

sand-768783_1280Photo credit: Free Photo

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