Conversation avec moi-même

Raconte-moi la petite fille que tu étais:

Elle était aussi rêveuse et sensible que la femme que je suis devenue. Souvent elle se retirait dans son monde imaginaire pendant des heures, rêvait éveillée ou écrivait ses pensées dans son journal intime. À cette époque, sa sensibilité n’était pas encore vécue pas comme un poids ou une chose qui nuirait à son épanouissement, mais plutôt comme une porte qui lui offrait des possibilités infinies, celles de ressentir, de connecter, de comprendre, de créer, de transformer, de s’étendre, de découvrir, de se découvrir… Elle n’imposait aucunes limites à son imagination et à ce qu’avec elle, elle pouvait accomplir. Elle osait rêver fort, rêver grand. 

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« C’est peut-être l’enfance qui approche le plus de la vraie vie »,  André Breton.

C’était une intrépide aussi, un vrai « garçon manqué »! grimpant sur les branches les plus fines des arbres, jouant à la guerre, se mélangeant aux garçons de son âge, courrant plus vite qu’eux et n’hésitant pas à se bagarrer aussi avec eux s’il le fallait.

Elle n’était pas toujours bien vu par les mères, était parfois prise en exemple comme modèle de fille à ne pas suivre, à ne doit pas être; le genre trop rebelle, qui se cherche tout le temps des ennuis.

Mais cette petite fille s’en foutait de ce que les autres pensait d’elle. Elle n’avait pas encore conscience des normes que lui imposait la société. Elle se construisait son monde, elle était libre d’être qui elle voulait à chaque instant.

Mon souvenir d’elle me donne à chaque fois envie de sourire de fierté et de mélancolie…

 

Pourquoi?

Fierté Parce que j’ai été cette personne. Mélancolie car elle semble si loin de moi parfois…

 

Effectivement, tu parles d’elle à la troisième personne. Qu’est ce qui t’a fait changer?

J’ai eu mes premieres règles…

Alors que j’étais toute fière de l’annoncer à tout mon entourage y compris mes oncles, mes cousins, mes proches de la gente masculine, j’ai très vite compris que parler de ces choses étaient tabous.

« On ne dit pas ces choses là à tout le monde Diane. Les hommes ne doivent pas savoir quand on est…  [sale]… »

J’ai appris la honte…

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« Saches aussi que désormais si tu fais l’amour tu auras des enfants »

Des paroles qui marquèrent sans transition la fin de ma vie d’enfant. Sur ces fondations, je suis devenue  » femme ».  Mon corps sexualisé à seulement onze ans…

 

Pourquoi les guillemets sur le mot femme?

Parce qu’à mon avis on ne devrait jamais parler de « la femme » comme une catégorie homogène.

Parce que nous devons toutes exister dans nos singularités.

Parce que j’ai détesté être une femme, une femme en ces termes là.

 

En quels termes?

Ceux qui exigent que j’adopte « grâce » et « féminité » comme unique mode d’expression. Ceux qui consistent à tuer la part d’énergie masculine qui existe en moi. 

Ceux qui m’exigent de faire attention en tout temps à l’image que je projette, toujours avec une intention de plaire … aux autres et jamais à moi-même. 

Ceux qui me demandent d’être en permanence au service pour être célébrée. Porter le poids de la moralité du monde, être de modèle de vertu, ne pas avoir droit à l’erreur; Rester propre au sens propre comme au sens figuré.

Je n’aime pas l’idée d’être une  femme si on ne reconnait forte que lorsque je supprime ma douleur et je ne me permet pas de pleurer en temps de peine, comme lorsque je ne pleure pas devant la douleur de l’enfantement, ou si en tant que femme j’arrive à ne verser aucune larme devant le corps inerte de mon enfant… Mais cette même force est vue autrement si je l’utilise pour dénoncer les injustices auxquelles je fais face au quotidien, si je dénonce le statut quo avec la même froideur, si je choisis de défendre mes convictions ou d’exiger/rappeler mes droits. Alors là non, ce n’est pas de la force. Une, femme, une vraie, doit être douce. 

Je n’aime pas être « une femme » si je peux juste me permettre d’être « assez », essayer à chaque fois de me contenir pour ne pas prendre trop de place tout en étant la parfaite fille, la parfaite soeur, la parfaite épouse, la parfaite mère, la parfaite employé, parfaitement soumise et complètement déconnectée de ses propres besoins au point de ne même pas savoir les identifier, encore moins les exprimer.

Je n’aime pas cette sensation de me se sentir validée que sous le regard des autres.

Être une femme en ces termes là m’apparait comme une prison, un déchirement permanent entre la femme qui devait se conformer et celle qui hurle d’exister.

 

Parle moi de qui tu es aujourd’hui?

Qui je suis aujourd’hui, je ne saurai le dire… Je ne le sais pas encore.

Je suis à la fois en construction et en dé-construction. C’est un processus qui me demande  beaucoup de patience et de bienveillance envers moi-même. 

Je ne sais pas ce qu’être femme prendra comme sens pour moi à l’avenir. Tout ce que je sais, c’est que je ne veux plus vivre en observatrice de ma propre existence.

Il y a quelques jours j’ai publié une photo de moi sur mon mur Instagram. Un acte qui semblerait anodin pour certains mais qui est a été difficile pour moi si l’on tient compte du caractère pudique et réservé des mes publications habituelles.

C’était un acte symbolique pour me rappeler que je m’appartiens, pour me rappeler que ma vie m’appartient. C’est aussi un acte posé pour me  forcer à me défaire de l’opinion et du poids du regard des autres, me défaire du raisonnable, du gène et de la honte: Mon corps timidement exposé (mais quand même) à un moment où je me sens le moins en accord avec lui.

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Je dis merci à la vie de m’avoir ouverte à cette conscience que je peux douter et quand même trouver la force d’avancer. Que j’ai le droit de m’aimer à chaque étape de ma vie.  Que je peux choisir, renoncer, ou réinventer la personne que je suis à tout moment. Je dis merci à la vie de me donner l’opportunité de vivre enfin libre.

R-D

« Reste fidèle à toi-même le monde s’ajustera »

 

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